



« 30 invités, 5 qui parlent » : Comment la réunionite toxique sabote votre carrière

C’est une scène devenue banale dans le paysage professionnel de ce début 2026. Vous êtes connecté sur Teams ou Zoom, le micro coupé, la caméra éteinte. Sur l’écran, une trentaine de vignettes. Cinq personnes monopolisent la parole, tandis que les autres, vous y compris, traitent leurs emails en douce ou fixent le vide. Ce phénomène, que l'on pourrait qualifier de "présentéisme numérique", n'est pas seulement une perte de temps pour l'entreprise. C'est un piège insidieux pour votre propre développement professionnel. Si les sondages montrent que près de la moitié des cadres jugent les réunions improductives, il est temps de regarder la réalité en face : accepter d'être un figurant dans des réunions sans fin nuit gravement à votre motivation et à votre image de marque personnelle.
L'illusion de la "Core Team" et le piège de l'invisibilité
Pourquoi acceptons-nous ces invitations ? Souvent par peur de l'exclusion. Comme le souligne Alexandre, consultant, beaucoup se connectent « pour montrer qu'ils font partie de la core team du projet » ou pour se donner de la consistance. C'est une stratégie de carrière défensive : on est là "au cas où", pour ne pas rater une information ou pour être vu. Pourtant, cette stratégie est contre-productive. En carrière, la visibilité ne se mesure pas au nombre d'heures passées connecté, mais à la valeur ajoutée apportée. Être l'un des "25 silencieux" autour de la table virtuelle vous relègue au rang de spectateur passif. À la longue, cela ancre l'idée que votre présence est optionnelle, voire décorative. Le risque est double : d'un côté, vous diluez votre image d'expert en participant à des discussions où vous n'avez ni compétence ni autorité pour agir. De l'autre, vous sacrifiez du temps de "Deep Work" (travail de fond), le seul véritablement capable de vous faire progresser et d'obtenir des résultats tangibles pour votre évaluation annuelle.
L'impuissance décisionnelle, frein à l'épanouissement
Le véritable fléau de ces réunions pléthoriques n'est pas tant l'ennui que l'absence de résultat. Selon les études récentes, une réunion sur quatre seulement aboutit à une décision. Ce surplace organisationnel a un coût psychologique direct sur les salariés ambitieux. Garance, consultante, décrit parfaitement ce cercle vicieux : des décisions repoussées car les "vrais" chefs sont absents, obligeant à organiser des "réunions de pré-validation" ou des débriefings pour ceux qui n'étaient pas là. Pour un cadre qui souhaite avancer, cette lourdeur est un frein puissant. Comment faire valoir ses résultats quand les projets s'enlisent dans des boucles de validation infinies ? Ce manque d'empowerment (autonomie décisionnelle) crée un sentiment d'inutilité. Louis Vareille, expert du sujet, note que le mauvais "casting" transforme la réunion en simple salon de discussion. Pour votre carrière, c'est désastreux : vous passez votre énergie à parler du travail plutôt qu'à faire le travail. Cette frustration accumulée mène souvent au désengagement, voire au "brown-out" (la perte de sens au travail).
Le "Meeting Recovery Syndrome", ce voleur d'énergie
L'impact sur votre carrière se poursuit même après la fin de la visioconférence. Les experts parlent du « meeting recovery syndrome » : ce temps perdu à décompresser après une réunion inutile, à se plaindre auprès des collègues de ce qui n'a pas été décidé, ou à tenter de déchiffrer un compte-rendu flou. Ce temps de "récupération" est du temps mental soustrait à votre créativité et à votre formation. Dans une économie où les compétences évoluent vite (notamment avec l'essor de l'IA), perdre 5 heures par semaine dans des réunions stériles plus le temps de récupération vous prive d'opportunités d'apprentissage. De plus, la multiplication des créneaux bloqués fragmente vos journées. Or, pour résoudre des problèmes complexes et démontrer votre valeur, vous avez besoin de plages de concentration longues. En acceptant la tyrannie de l'agenda partagé où « n'importe qui peut inviter 30 personnes en un clic », vous laissez les autres dicter vos priorités, vous transformant en exécutant plutôt qu' en stratège de votre propre temps.
La réunionite n'est pas une fatalité, c'est une mauvaise habitude collective qui pénalise les talents individuels. Pour protéger votre carrière, il devient urgent de passer d'une logique de présence à une logique d'impact. Oser décliner une invitation sans ordre du jour clair, demander quel est l'objectif décisionnel précis avant d'accepter, ou proposer un point asynchrone par écrit sont des actes de leadership. Votre valeur ne réside pas dans votre capacité à écouter en silence pendant une heure, mais dans votre capacité à faire avancer les sujets. Moins de réunions, c'est souvent plus de carrière.
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