


Passage du CDD au CDI : Pourquoi le solde de tout compte reste une étape juridique incontournable

Décrocher un Contrat à Durée Indéterminée (CDI) à l'issue d'un Contrat à Durée Déterminée (CDD) au sein de la même entreprise est une excellente nouvelle pour tout salarié. Toutefois, cette continuité opérationnelle masque une véritable rupture administrative. Entre les deux contrats, l'employeur a l'obligation stricte d'établir un solde de tout compte. Pourquoi ce document, souvent perçu comme une simple formalité, cristallise-t-il autant d'incompréhensions, notamment autour des primes et des congés ? Décryptage d'une transition hautement réglementée.
Le constat : Une séparation stricte des contrats de travail
Même si le salarié conserve son poste et son bureau d'un jour à l'autre, la loi est formelle : un CDD ne se transforme pas magiquement en CDI. Il s'agit de deux contrats juridiquement distincts. Par conséquent, la fin du CDD entraîne irrémédiablement sa clôture administrative. Conformément à l'article L.1234-20 du Code du travail, l'employeur est tenu de remettre un solde de tout compte récapitulant l'ensemble des sommes versées au moment du départ. Ce document doit obligatoirement inclure :
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Le salaire du dernier mois, calculé au prorata ;
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Les primes prévues par le contrat ou la convention collective ;
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Les éventuelles heures supplémentaires non récupérées.
Ce reçu doit être accompagné d'un certificat de travail et d'une attestation France Travail (anciennement Pôle emploi). Établi en double exemplaire, il protège les deux parties en figeant la situation financière à l'instant T, avant même le début effectif du nouveau contrat.
L'analyse : Le sort de la prime de précarité et des congés
C'est sur le volet financier que les confusions sont les plus fréquentes. Habituellement, l'achèvement d'un CDD ouvre droit à une indemnité de fin de contrat, la fameuse "prime de précarité", équivalente à 10 % de la rémunération brute totale perçue. Cependant, l'article L.1243-10 du Code du travail stipule une exception majeure : si un CDI succède immédiatement au CDD chez le même employeur, cette prime n'est pas due, la précarité de l'emploi étant de fait levée. Il est donc normal de ne pas voir cette ligne apparaître sur le document.
En revanche, le traitement des congés payés non pris diffère totalement. Ceux-ci doivent obligatoirement donner lieu à une indemnité compensatrice versée dans le solde de tout compte. Le report de ces jours de congés sur le nouveau CDI est une pratique possible, mais elle nécessite impérativement l'accord écrit et explicite du salarié. Sans cet accord, l'indemnisation financière prime.
Les conséquences : Les bons réflexes pour sécuriser sa transition
Avant de parapher ce document libératoire, une vérification minutieuse s'impose. La signature du reçu implique que le salarié reconnaît avoir perçu les montants indiqués. Néanmoins, le droit du travail offre un filet de sécurité : le salarié dispose d'un délai légal de six mois, à compter de la signature, pour contester une éventuelle erreur de calcul ou un oubli (toujours selon l'article L.1234-20). Passé ce délai, l'employeur est définitivement libéré de ses obligations financières relatives au CDD. En cas d'anomalie détectée, la première étape consiste à privilégier le dialogue interne en alertant les ressources humaines par écrit (un e-mail suffit pour conserver une trace). Si le litige persiste et qu'aucun accord n'est trouvé, le conseil des prud'hommes reste l'instance compétente. Cette procédure, gratuite et accessible sans avocat, permet de trancher les désaccords persistants sur l'exécution financière du contrat échu.
En définitive, la transition d'un CDD vers un CDI au sein d'une même structure illustre parfaitement la complexité du droit social français. Si la sécurité de l'emploi est assurée, la vigilance administrative reste de mise pour le salarié, qui doit veiller au bon règlement de ses congés et comprendre la perte légale de sa prime de précarité.
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