


Création d’entreprises 2025 : La France championne du paradoxe économique

Jamais la France n'avait autant créé d'entreprises qu'en 2025. Pourtant, derrière l'euphorie des chiffres publiés par l'Insee, le tableau est bien plus contrasté qu'il n'y paraît. Entre une économie qui tourne au ralenti et une explosion des défaillances, ce record historique révèle une mutation profonde – et peut-être inquiétante – du tissu économique tricolore.
Une fièvre entrepreneuriale sur fond de crise
Les chiffres donnent le vertige. Selon l'Insee, la France a enregistré la création de 1,17 million d’entreprises sur l'année 2025. C'est un plus haut historique, marquant une progression de +4,9 % par rapport à l'année précédente. À première vue, cette vitalité pourrait être interprétée comme le signe d'une économie en pleine santé, capable de se régénérer en permanence.
Cependant, ce record s'inscrit dans une conjoncture paradoxale. Il survient alors même que l'économie nationale montre des signes d'essoufflement et que le nombre de faillites atteint lui aussi des sommets : plus de 70 000 défaillances ont été comptabilisées en 2025, un niveau historique. Qui sont ces nouveaux entrepreneurs ? Le moteur principal reste, sans surprise, le régime de la micro-entreprise. Les auto-entrepreneurs représentent désormais 65 % des immatriculations totales. Si les sociétés (SAS, SARL...) progressent également de +5,9 %, les entreprises individuelles dites "classiques", elles, sont en perte de vitesse avec un recul de -4,1 %. Ce glissement confirme une précarisation ou du moins une "atomisation" de l'entrepreneuriat.
La course au court terme et le repli industriel
L'analyse sectorielle des créations de 2025 est révélatrice d'un changement de mentalité. Les entrepreneurs français ne cherchent plus forcément à bâtir des empires industriels sur vingt ans, mais privilégient l'immédiateté. Les créations se concentrent massivement sur des services générant du cash rapidement. Le secteur du soutien aux entreprises bondit de +6,9 %, celui des transports et de la logistique (souvent lié à la livraison du dernier kilomètre) grimpe de +7,2 %, et le commerce progresse de +4,3 %.
Cette tendance s'explique par un pragmatisme face à l'incertitude. Dans un environnement perçu comme instable sur les plans fiscal et réglementaire, les créateurs fuient les paris à long terme qui nécessitent des investissements lourds. Ils optent pour des structures "légères et réversibles", faciles à monter mais aussi faciles à fermer. La conséquence directe de cette stratégie d'évitement est une accélération de la tertiarisation de l'économie. À l'inverse, l'industrie recule, et avec elle, l'espoir de voir émerger les futurs champions nationaux capables de structurer l'économie de demain.
L'illusion du "Business en ligne"
Au-delà de la conjoncture économique, un facteur culturel et sociétal alimente cette dynamique : l'influence massive du contenu numérique. Les plateformes sociales regorgent de promesses de revenus rapides via le "business en ligne". Freelancing, dropshipping, micro-services : ces modèles sont présentés comme des eldorados accessibles à tous, sans capital de départ.
Cette culture du "clic" pousse mécaniquement vers des projets simples, peu risqués, mais souvent à faible valeur ajoutée et à faible pérennité. C'est une économie de flux, pas de stock. Pour inverser la tendance et ne pas devenir une nation de sous-traitants précaires, un changement de narratif semble indispensable. Il devient urgent de créer un "contre-récit" attractif qui valoriserait de nouveau l'industrie, la "Deep Tech" et les startups ambitieuses. Sans cela, l'écosystème risque de rester déséquilibré, riche en nombre d'immatriculations mais pauvre en innovation de rupture.
Le millésime 2025 restera donc celui de tous les records, mais aussi celui de toutes les interrogations. La France prouve qu'elle est définitivement une nation d'entrepreneurs, mais elle doit désormais se demander quel type d'économie elle souhaite construire. La quantité est là (1,17 million), mais la qualité structurelle celle qui crée de l'emploi pérenne et de la souveraineté industrielle semble, pour l'instant, être la grande absente de cette croissance comptable.
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